Maison Jeanne, une histoire de femmes (la suite)

Ce weekend les grand-mères sont à l’honneur.

Que nous les appelions Maminou, Mamicha, Grand-Maman, Grand-Mère, GrandMa, Granny, Mamé ou Mamie, n’a-t-on pas tous une ou plusieurs grand-mères dans le coeur ?

J’ai eu la chance de grandir près de mes deux grand-mères, ou devrais-je dire trois avec ma grand-tante que je considérais aussi comme telle. Trois femmes très inspirantes et aimantes qui ont aussi joué un rôle de Maman pour moi…elles me manquent beaucoup.

Je vous avais d’ailleurs parlé de ma grand-mère maternelle, Mamie Jeannette dans un précédent billet.  Aujourd’hui je voulais rendre hommage à  ma grand-mère paternelle, Mamie Jeanne ou Mamie Goillandeau. Elle était encore à mes côtés lors de la création de Maison Jeanne et  je crois qu’elle a été  particulièrement touchée de prêter son prénom à mon projet.

J’ai le souvenir de grandes tablées de cousins lors des dimanches à Thouaré, où nos grands parents nous réunissaient autour d’un bon repas dont les odeurs sont encore présentes aujourd’hui …Mamie nous préparait sa fameuse tarte aux pommes et ses pommes de terre « Goillandeau » extrêmement beurrées et dorées, qui faisaient le bonheur des petits et des grands… une tradition familiale transmise aujourd’hui chez tous les cousins et petit-cousins. Nous étions tous heureux de nous retrouver autour des jeux de cache-cache dans leur grande maison, qui reflétaient la joie et l’insouciance de notre enfance. Mamie aimait réunir tout le monde afin qu’oncles, tantes et cousins passent de bons moments ensemble. Même si Mamie passait plus de temps dans la cuisine qu’à table durant ces jours de fête !

Mamie Jeanne est née le 6 février 1925, à Vertou, petite ville près de Nantes où son papa était Huissier de Justice.  Nous pensions pouvoir, dans quelques années, fêter le passage à trois chiffres au compteur de sa vie tellement sa vitalité faisait notre admiration. Oui toute la famille voyait Mamie Jeanne centenaire mais c’était sans compter avec la maladie qui s’était sournoisement installée et qui l’a emportée à 93 ans.

Mamie se marie à Nantes à l’age de 21 ans avec Papé. Ce dernier, alors jeune dirigeant de 23 ans vient de reprendre l’entreprise de menuiserie familiale suite au décès de son père.

Entre 1947 et 1951, elle donnera la vie à 4 garçons dont mon papa. Les années passent, rythmées par l’éducation des garçons, les vacances à Thouaré et les voyages professionnels de Papé aux quatre coins de la France et à l’étranger.

Plus tard, des quatre mariages de ses fils naitront 11 petits-enfants et 20 arrière-petits-enfants que Mamie la généreuse, gâtera tout au long de sa vie.

Peu expansive de caractère, Mamie ne révélait pas facilement ce qu’elle avait sur le cœur. Elle avait une grande affection pour toute sa famille au sein de laquelle elle accueillait chaleureusement les nouveaux entrants.  

Le début des années 2000 apporte son lot de maladies et de tragédies qui vont endeuiller toute sa famille. Elle perd consécutivement son époux, l’un de ses fils Philippe, lors de la catastrophe aérienne de Sharm El Sheick et enfin son fils-ainé Pierre suite à une longue maladie.

A l’apparition de la maladie de Papé, le dévouement de Mamie est sans limite : elle est toute à la fois épouse, infirmière et aide-soignante, se levant cinq ou six fois par nuit pour veiller sur lui. 

Après la disparition de notre Papé, l’épouse un peu effacée qu’elle aura toujours été, s’affirme… Elle se confie et nous raconte de nombreuses anecdotes. Elle se montre drôle, affectueuse, de bon conseil et parfois même autoritaire notamment lorsqu’elle me sermonne de trop travailler, ou de ne pas manger sainement et correctement.

Elle développe et entretient une relation affective très forte avec ses 5 petites-filles comme pour compenser l’absence d’une fille parmi ses garçons ! 

Même sans voir beaucoup de monde, car assez solitaire, elle est toujours élégante. Son brushing hebdomadaire impeccablement protégé sous sa « capuche à mémé » lorsqu’elle sort, souvent habillée d’une jolie jupe midi, et d’un pull tricoté main (par elle-même le plus souvent)… Elle porte toujours des broches sur ses pulls et blouses, ses « corsages », qui m’ont inspiré pour Maison Jeanne. Créer une broche « Hirondelle » pour représenter Maison Jeanne a été dans mes premières intentions. Ma sœur a alors fait quelques essais pour mettre au point ce produit et m’a proposé de jolies broches, tout en créant sa marque Mademoizelle Moon que je vous invite à découvrir sur www.mademoizellemoon.com

Redoutant de finir sa vie diminuée physiquement, elle s’emploie à respecter une excellente hygiène de vie : elle marche chaque jour, respecte un régime équilibré et fait du vélo dès que le temps le permet pour arpenter le remblais ou les rues de La Baule. L’image de Mamie est indissociable de sa bicyclette vintage que j’ai précieusement conservée et qui roule encore sur les chemins Baulois. C’est l’arthrose de ses mains qui, à 92 ans, la contraindra à la remiser au garage.

Elle m’achetait régulièrement des produits naturels dont elle avait découvert les vertus, comme ses graines d’avoine à manger à jeun chaque matin…que je n’ai jamais réussi à aimer!

Assez solitaire et très indépendante, elle aime se plonger dans ses souvenirs et ses albums photos qu’elle feuillette pendant des heures. C’est toutefois une femme de son temps, qui s’intéresse à la politique et a l’actualité en lisant ses hebdomadaires, en écoutant la radio et en suivant les débats télévisés avec passion.

J’ai pu passer beaucoup de moments privilégiés avec elle lors de nos vacances en famille à La Baule ces dix dernières années. Lors de sa dernière année de vie, j’avais été lui rendre visite le temps d’un weekend. Ce moment privilégié, véritable saut dans le passé, m’a permis de retrouver les odeurs et les couleurs seventies qui ont accompagné mon enfance. Nous avons effectué nos petits rituels d’antan et bien sûr échangé nos souvenirs.

Elle nous a quitté peu après en juin 2018 ,au crépuscule d’une longue vie marquée bien sûr par des moments de joie, mais aussi par des épreuves auxquelles elle a su faire face avec une volonté et un courage exceptionnels. Elle a affronté sa dernière étape de vie avec la même force de caractère sans jamais se plaindre ni manifester le moindre signe de révolte, s’appuyant jour après jour sur sa foi indéfectible. Merci ma petite Mamie Jeanne pour tout ce que tu m’as transmis, tu es toujours à mes côtés dans mes joies et mes peines. 

Bonne fête à toutes les Grand-Mères d’ici et d’ailleurs. 

Credit photo : jcomp / Freepik

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